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Lorsque le festival de Cannes de 1959 récompense Les Quatre Cents Coups de François Truffaut et Hiroshima Mon Amour d'Alain Resnais, il entérine non seulement l'arrivée d'un nouveau cinéma mais aussi d'une nouvelle génération. En quelques années, autour de 1958-1962, c'est environ une trentaine de jeunes réalisateurs (qui ont moins de trente ans) qui sont révélés, et dont la plupart sont toujours présents, laissant une oeuvre foisonnante derrière eux.
Cette période voit apparaître une nouvelle façon de produire, de tourner, de fabriquer et de penser les films qui s'oppose aux traditions et aux corporations. L'invention du Nagra, magnétophone portable, celle de la caméra 16mm, légère et silencieuse, le goût des tournages en extérieur imposent une nouvelle esthétique plus proche du réel.
Cette métamorphose du cinéma français s'accompagne alors d'affiches d'un style nouveau dont le fer de lance sera le très prolifique René Ferracci. La rupture en matière d'affiches s'avère aussi radicale que pour les films eux-même : alors que les affiches étaient traditionnellement illustrées par des dessins, celles de la Nouvelle Vague se distinguent par l'emploi de nouvelles techniques d'illustration telles que l'utilisation de photographies dans la composition, une approche parfois minimaliste de l'illustration, l'emploi fréquent du noir et blanc, de la bichromie, voir de la trichromie ainsi que la mise en avant d'un grain très prononcé. Etonnement, l'avènement de la Nouvelle Vague coïncide avec l'emploi quasi systématique de l'impression offset caractérisée par une trame plus ou moins forte et le délaissement de la lithographie, technique d'impression coûteuse et contraignante ne permettant que difficilement un rendu réaliste de photographies mais idéale pour la reproduction de dessins. En cela, l'affiche du film Les Quatre Cents Coups illustrée par Boris Grinsson est à la lithographie ce que Impitoyable de Clint Eastwood fut pour le Western : un crépuscule.
L'observation de deux affiches de René Ferracci de périodes différentes permet de se rendre compte de l'ampleur du changement : alors que l'affiche de Elena et les Hommes (film de Jean Renoir, 1956) est réalisée en lithographie à partir d'une illustration peinte de Ferracci, celle de Ma Nuit cher Maud (film de Eric Rohmer, 1969) est un photomontage en bichromie très discrète (photos en noir et blanc et titre en bleu foncé). Au travers des affiches de la Nouvelle Vague on retrouve ce même souci de rupture avec le cinéma / l'affiche de papa et le besoin d'un ancrage plus fort dans une réalité plus palpable.
L'influence de cette période fut déterminante pour le futur de l'affiche Française jusqu'à la fin de années 80 où les possibilités de retouche informatique de l'image sont apparues et ont à nouveau profondément changé l'approche de l'illustration de l'affiche de cinéma.
Si ces mutations en vagues successives : "Ancienne Vague", Nouvelle Vague et "Vague Numérique" sont le fait de volontés individuelles (ou corporatistes) de rupture (ou d'efficacité marketing), elles sont totalement indissociables de leur contexte technologique et économique.
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